IndoCet et le développement d’un plan d’action régional pour les cétacés
La plus récente réunion en présentiel d’IndoCet s’est tenue en octobre 2025, à l’occasion du symposium de la WIOMSA à Mombasa, au Kenya. Le compte rendu de la réunion est disponible sur le site d’IndoCet. Lors de cette rencontre, les chercheurs ont souligné la nécessité d’élaborer un plan d’action régional pour soutenir la conservation des cétacés. Celui-ci aurait pour objectifs d’identifier les lacunes dans les connaissances, les principales menaces et les actions prioritaires à mettre en œuvre.
Les travaux d’IndoCet ont été synthétisés dans un document présenté lors de la récente réunion du Comité scientifique de la Commission baleinière internationale (CBI) (SC/70/SAN/03rev1), qui s’est tenue à Bled, en Slovénie, du 27 avril au 8 mai 2026. Présenté par Tim Collins, ce document décrit les travaux des membres du réseau dans de nombreux domaines : échouages, campagnes d’observation, photo-identification des baleines à bosse, bruit sous-marin, collisions avec les navires, interactions avec les pêcheries et sensibilisation. Des informations complémentaires ont également été présentées sur le site internet d’IndoCet et les outils associés, notamment la base de données bibliographique (150 publications) et les pages consacrées aux échouages, aux observations et au suivi satellitaire.
Le Comité scientifique a salué le travail accompli et a notamment encouragé le développement d’un plan d’action pour l’ouest de l’océan Indien :
Le Comité accueille favorablement ce rapport complet sur les travaux d’IndoCet, salue l’ampleur et la valeur des travaux menés dans la zone du Sanctuaire de l’océan Indien et félicite IndoCet pour ses actions concernant les collisions avec les navires et les captures accidentelles. Le Comité reconnaît en particulier l’intérêt du projet de plan d’action d’IndoCet pour les mammifères marins, ainsi que sa pertinence et sa complémentarité avec la future planification du Sanctuaire de l’océan Indien. Le Comité encourage la mise en œuvre de ce plan d’action et invite IndoCet à présenter les avancées réalisées lors du SC71.
D’autres résultats issus de la région ont été présentés au Comité scientifique de la CBI. Le document SC/70/PH/04 (Vogel et al., présenté par Elisa Seyboth) rend compte des résultats de la comparaison réalisée à l’aide de HappyWhale et analyse les déplacements et la connectivité au sein et entre les stocks reproducteurs B et C de baleines à bosse. Le Comité scientifique a salué ces travaux et souligné leur potentiel pour améliorer la compréhension de la structure des populations de baleines à bosse, notamment dans le cadre de l’IWC-SORP (thème 4).
Le Comité scientifique a également examiné deux évaluations préliminaires du risque de collision avec les navires dans l’ouest de l’océan Indien. Les travaux menés par Violaine Dulau (Globice) et ses partenaires régionaux, présentés dans le document SC/70/SAN/03rev1, ont identifié des zones de risque plus élevé pour les baleines à bosse autour de La Réunion, sur le plateau continental du sud de Madagascar et le long de la côte est de l’Afrique du Sud. Ces travaux ont montré qu’un déplacement des routes maritimes d’environ 40 km au sud du plateau continental du sud de Madagascar pourrait réduire considérablement le risque pour les baleines à bosse, avec un coût très limité pour le transport maritime en termes de temps ou de distance. Les prochaines étapes consisteront notamment à déterminer si le déplacement du trafic hors des principales zones fréquentées par les baleines à bosse pourrait avoir des conséquences négatives pour d’autres espèces, comme le cachalot, et à évaluer la possibilité de coordonner des mesures sur plusieurs sites afin de fournir des recommandations de routage plus complètes aux compagnies maritimes.
Une autre évaluation, consacrée à la côte ouest de l’Afrique du Sud (SC/70/HIM/01 ; Vermeulen et al.), a combiné des modèles de distribution de six espèces de grands cétacés — baleine franche australe, baleine à bosse, rorqual de Bryde, rorqual commun, rorqual boréal et cachalot — avec la densité du trafic maritime issue des données AIS dans le sud-ouest de l’Afrique du Sud. L’étude a mis en évidence d’importants chevauchements entre les habitats des baleines et les routes maritimes à l’approche du Cap et de Saldanha Bay, une région où se forment notamment des « supergroupes » de baleines à bosse.
Le trafic des grands navires les plus rapides (> 15 nœuds) y a approximativement quadruplé entre décembre 2023 et décembre 2024, en raison du déroutement autour du cap de Bonne-Espérance de navires empruntant habituellement la mer Rouge, en lien avec les risques terroristes. L’étude montre qu’un déplacement du trafic plus au large, en dehors des principales zones de distribution des espèces étudiées, ajouterait moins de 20 milles nautiques au trajet total de la plupart des navires, tout en permettant de réduire le risque relatif de collision de 20 à 50 % selon les espèces. Les collisions effectivement enregistrées dans cette région sont presque certainement très sous-estimées : seulement 0,6 % de plus de 7 000 cas de mortalité ou de morbidité de cétacés recensés entre 1969 et 2024 ont été attribués à des collisions.
Le Comité a également attiré l’attention sur le risque aigu et croissant de collision avec les navires dans la région et recommande le financement d’un atelier multipartite proposé au Cap (SC/70/RP/66), consacré au risque de collision dans les eaux sud-africaines. Il a formulé les recommandations suivantes :
Compte tenu du risque élevé pour les baleines à bosse au large du sud de Madagascar et pour plusieurs espèces au large de la côte ouest de l’Afrique du Sud, le Comité recommande :
(1) que ces deux zones soient considérées comme des zones à haut risque dans le Plan stratégique de la CBI relatif aux collisions avec les navires ;
(2) que des travaux supplémentaires soient menés afin d’évaluer les risques sur les côtes sud et est de l’Afrique du Sud.
Enfin, le Comité scientifique a discuté du Sanctuaire de l’océan Indien (Indian Ocean Sanctuary – IOS), créé en 1979 mais qui n’a jamais été doté d’un plan de gestion ni d’un processus formel de révision, ce qui limite fortement son utilité face aux enjeux actuels de gestion. Le Comité scientifique a encouragé la Commission à adopter le projet de plan de gestion et de critères de révision du Sanctuaire de l’océan Indien, élaboré sur le modèle du Sanctuaire de l’océan Austral. Cette proposition figure à l’annexe N du rapport final du Comité scientifique.
Un groupe de correspondance intersessions (ICG-IOS PLAN) a été créé afin de poursuivre l’élaboration de ce plan. IndoCet y est identifié comme partenaire de mise en œuvre, et le projet prévoit notamment l’élaboration d’un plan d’action spécifique pour les cétacés de l’ouest de l’océan Indien, qui pourrait ensuite être soumis pour approbation dans le cadre de la Convention de Nairobi.
Tous les documents et rapports sont disponibles sur le site de la Commission baleinière internationale.
Contributeur : Tim Collins