Atelier QWIO à La Réunion
Programme QWIO : réduire les impacts du trafic maritime et du bruit sous-marin
Dans le cadre du programme Quieter Western Indian Ocean (QWIO), un atelier consacré aux impacts du trafic maritime et du bruit sous-marin sur les mammifères marins s’est tenu à La Réunion les 24 et 25 juin, organisé par Globice Réunion, la Wildlife Conservation Society (WCS), Bureau Veritas et Quiet Oceans. L’événement a réuni scientifiques, autorités publiques, gestionnaires portuaires et acteurs du secteur maritime au Grand Port Maritime de La Réunion afin de partager les premiers résultats scientifiques et d’échanger sur des solutions concrètes permettant de réduire le bruit sous-marin et les risques de collision avec les navires.
Le trafic maritime dans l’ouest de l’océan Indien connaît une croissance rapide, portée par l’augmentation du commerce international et, plus récemment, par le déroutement de navires autour du cap de Bonne-Espérance en raison de la situation géopolitique au Moyen-Orient. Évaluer le bruit sous-marin et ses impacts sur les écosystèmes marins à l’échelle d’un bassin océanique entier demeure un défi scientifique majeur. Grâce au suivi acoustique passif, à la modélisation spatiale du bruit sous-marin et du risque de collision, le programme QWIO vise à établir les bases scientifiques nécessaires à une gestion fondée sur les connaissances de ces menaces majeures pour les écosystèmes marins.
L’atelier a permis de faire le point sur les connaissances scientifiques actuelles concernant les impacts du trafic maritime sur la mégafaune marine, de présenter les premiers résultats obtenus à La Réunion et d’examiner des mesures d’atténuation réalistes, notamment l’optimisation des routes maritimes, les stratégies de réduction de la vitesse des navires et d’autres approches susceptibles de bénéficier à la fois à la biodiversité marine et à des activités maritimes durables. Des solutions techniques permettant de réduire le bruit rayonné sous-marin par les navires ont également été présentées.
À La Réunion, la modélisation acoustique réalisée par Quiet Oceans à l’aide de la plateforme Ocean Planner a montré que la « zone à éviter » (Area to Be Avoided) proposée par les autorités françaises et récemment adoptée par l’Organisation maritime internationale (OMI) — principalement pour des raisons de sûreté et de sécurité maritimes — apporterait également des co-bénéfices environnementaux importants pour les populations de cétacés, en réduisant les niveaux de bruit sous-marin dans les eaux territoriales de l’île.
Le programme QWIO a également identifié des zones présentant un risque élevé de collision pour les baleines à bosse, en croisant les mouvements modélisés des baleines en migration, issus de données de suivi satellitaire, avec la densité du trafic maritime, tout en prenant en compte l’augmentation de la probabilité de collision associée à des vitesses de navigation plus élevées. Les résultats ont révélé des zones localisées à haut risque autour de La Réunion, dans les eaux du plateau continental du sud de Madagascar et le long de la côte est de l’Afrique du Sud. Ces résultats ont également été présentés au Comité scientifique de la Commission baleinière internationale (CBI) en avril, et Madagascar et l’Afrique du Sud figurent désormais parmi les zones à haut risque identifiées dans le Vessel Strike Strategic Plan de la CBI.
Des mesures d’atténuation ciblées dans ces secteurs pourraient réduire considérablement le risque de collision avec les navires. Elles pourraient notamment consister à réduire la vitesse des navires à 10 nœuds ou à déplacer les routes maritimes de 40 à 50 km au large, afin d’éviter les principales zones de concentration des baleines. Les échanges constructifs avec certaines compagnies maritimes représentées lors de l’atelier ont mis en évidence une réelle volonté d’évaluer la possibilité d’adapter les routes de navigation existantes conformément à ces recommandations.
La protection des écosystèmes marins nécessite une collaboration étroite entre scientifiques, pouvoirs publics et acteurs de l’industrie maritime. Cet atelier constitue une première étape importante et devrait, nous l’espérons, favoriser la poursuite du dialogue et de la collaboration entre chercheurs, décideurs et professionnels du secteur, contribuant ainsi à rendre les océans plus silencieux et plus sûrs.
Contributeurs : Violaine Dulau, Tim Collins